Haim BURSTIN
L’invention du sans-culotte.
Regards sur le Paris révolutionnaire

Odile Jacob, Collège de France, 2005
Notice de Claudine Cavalier


Ce petit volume publié dans la collection du Collège de France chez Odile Jacob rassemble le contenu d’un cycle de conférences données par Haim Burstin en 2002, assorti d’une substantielle introduction et d’une préface par Daniel Roche. Réparti en quatre chapitres (Les sans-culottes entre histoire et historiographie ; Sans-culottes et jacobins. Avant-gardes politiques, militants révolutionnaires et masses populaires ; Intellectuels en temps de révolution ; Intellectuels en temps de révolution ; Phénoménologie de la violence révolutionnaire. Réflexions autour du cas parisien) ce contenu tourne autour d’un thème central, celui du « sans-culottisme » vu comme lieu par excellence de la spécificité politique de la Révolution. Au confluent de l’histoire sociale et de l’histoire politique, articulant brillamment histoire des processus collectifs et histoire des cas individuels, l’ouvrage dégage une vision neuve et stimulante de la figure du sans-culotte.

Pour Burstin, le « sans-culottisme » tel qu’il fut produit et vécu par les individus qui l’incarnèrent n’est pas lié à une appartenance sociale ou à un statut économique spécifique, comme ont essayé de l’établir la plupart des historiens qui se sont penché sur lui, Albert Soboul en tête : il s’agit au contraire d’un phénomène entièrement politique, indissociable de l'événement révolutionnaire dans ce qu'il a de spécifique et d’irréductible à tout schéma connu. La brève alliance de circonstances entre classe populaire et bourgeoisie, forgée dans la tourmente des années 90-94, aurait entraîné, pour une période aussi brève qu'elle, la naissance d'un type politique particulier dépassant les clivages socio-économiques, et dont les représentants pouvaient être issus de l'une ou l'autre des deux classes fugitivement alliées. En même temps, et logiquement, le « sans-culotte », figure politique collective, se déclinait selon une très grand nombre de cas individuels tous différents : le processus par lequel des individus divers, issus des classes bourgeoise ou populaire, en venaient à s'y conformer s'accomplissait selon des modalités très dissemblables selon les cas. Dans le détail de l’analyse, ce sont ces modalités concrètes qui intéressent surtout Burstin : ce qu'on pourrait appeler la « production » de sans-culottes à partir d'individus qui pouvaient être ouvriers, artisans, bourgeois, savants... ou riches intendants comme un Lazowski, dont le cas étrange et pittoresque est plus particulièrement mis en lumière. Stratégies politiques de quartier ou de clan, choix idéologiques de circonstances et réflexions abstraites se combinent à l’infini, au gré des appartenances et des trajectoires individuelles, pour former toute la diversité de l’expérience militante telle qu’elle fut vécue dans le Paris de la révolution.

Toujours attentif avant tout à la complexité du réel, au détail des situations concrètes, mais capable d’ouvrir de larges perspectives, Burstin propose dans ce petit ouvrage des vues neuves et stimulantes sur une question ancienne et complexe.


© Claudine Cavalier 1996-2007
Notes et Archives 1789-1794